Avancées dans le développement d’un nouveau médicament contre la douleur arthritique chez les femmes

Toute personne vivant avec l’arthrite sait qu’il existe plusieurs types de douleurs arthritiques, et qu’un traitement qui fonctionne pour un type de douleur ne fonctionnera pas nécessairement pour un autre. Jason McDougall, Ph. D. et professeur au département de pharmacologie et au département d’anesthésie, de gestion de la douleur et de médecine périopératoire de l’Université de Dalhousie (Nouvelle-Écosse), et Melissa O’Brien, étudiante au doctorat, dirigent une équipe de recherche dans le but d’en apprendre davantage sur les différences entre la douleur chez les hommes et les femmes qui vivent avec l’arthrite.

Qu’est-ce que la douleur névralgique?

L’inflammation articulaire n’est pas la seule source de douleur arthritique. Certaines personnes atteintes d’arthrose ou de polyarthrite rhumatoïde éprouvent aussi de la douleur névralgique. « Il s’agit d’un type de douleur spécifique associée à des lésions aux nerfs eux-mêmes. Cela peut entraîner un déclenchement anormal dans les nerfs qui occasionne de la douleur évoquant des coups de poignard ou des aiguilles, explique M. McDougall. Bien que les chiffres varient, environ 30 à 40 % des patients atteints d’arthrite ont de la douleur neuropathique. »

M. Jason McDougall et son équipe de recherche souhaitent en apprendre davantage sur les différences dans la douleur neuropathique en fonction du sexe à la naissance. « Les femmes sont plus susceptibles de développer l’arthrite et d’éprouver de la douleur neuropathique. Ainsi, je pense qu’il y a un grand besoin d’étudier les différences entre les sexes afin de comprendre ce qui contribue à la douleur arthritique », dit-il.

Pourquoi les femmes peuvent-elles avoir une expérience différente de la douleur arthritique?

Bien que les hormones sexuelles jouent un rôle dans la douleur, leur incidence exacte reste imprécise. « Certaines études montrent que les hormones sexuelles des femmes peuvent avoir un effet neuroprotecteur très important et qu’elles peuvent aussi prévenir la douleur neuropathique. Cependant, d’autres études démontrent qu’en cas de douleur neuropathique, les hormones sexuelles féminines peuvent en fait contribuer à ce type de douleur, souligne M. McDougall. Lorsqu’on se penche sur les différences entre les hommes et les femmes, on utilise souvent l’argument des hormones sexuelles, mais il doit y avoir plusieurs autres facteurs qui expliquent ces différences. Cependant, nous ne les connaissons pas encore. » D’autres études semblent indiquer que les femmes ne réagissent pas aux médicaments de la même façon que les hommes.

Le traitement de la douleur neuropathique

Les médicaments anti-inflammatoires, tels que l’ibuprofène, fonctionnent bien pour ce qui est de la douleur qui découle de l’inflammation, mais ils ne sont pas efficaces contre la douleur neuropathique. Actuellement, il existe des médicaments utilisés pour traiter la douleur neuropathique causée par le diabète et la sclérose en plaques. « Nous avons réalisé des études préliminaires sur certains de ces médicaments à l’aide de modèles arthritiques et avons découvert qu’ils sont également assez efficaces pour réduire la douleur articulaire », affirme M. McDougall.

Dans le cadre d’une étude effectuée sur des rats de laboratoire  (en anglais) et publiée en 2019 dans la revue médicale Pain, M. McDougall et ses collègues ont découvert que les lésions nerveuses dans les genoux des rats n’avaient pas les mêmes effets sur les femelles que sur les mâles. Les femelles éprouvaient aussi davantage de douleur neuropathique. De plus, un médicament qui inhibait les signaux de douleur neuropathique a produit de meilleurs résultats chez les femelles. La recherche est encore en cours, mais c’est un pas important dans la quête de nouveaux traitements pharmacologiques pour cibler la composante neuropathique de la douleur arthritique. « Les médicaments qu’on a utilisés jusqu’à maintenant ont des effets à court terme. C’est pourquoi nous essayons maintenant de développer une approche qui soit fondée sur les anticorps afin de cibler cette voie et ainsi obtenir des semaines, voire des mois de soulagement, explique M. McDougall. Espérons qu’à l’avenir, cela pourra aider les patients qui vivent avec l’arthrite. »

Ce projet de recherche a été financé par une subvention stratégique de fonctionnement accordée à M. Jason McDougall pour la période de 2018 à 2020, et par une bourse salariale de formation au doctorat accordée à Melissa O’Brien pour la période 2017-2018.